Sécurité du cloud. En réalité, cette expression n’a aucun sens sans autre précision. Parlez-vous de la sécurité de l’infrastructure sous-jacente qui constitue le « cloud » ? Ou peut-être de celle des API de commande et de contrôle qui permettent de provisionner et de gérer les ressources de calcul, le stockage et les services dans le « cloud » ?
Parce que je sais bien que vous ne pensiez pas à sa capacité à vous protéger comme par magie de vos propres erreurs. Vous savez, celles que vous commettez lorsque vous modifiez délibérément les politiques de sécurité par défaut des compartiments Amazon S3 afin de permettre à toute personne disposant de l’adresse IP d’accéder aux données qui y sont stockées.
Si vous trouvez cette idée ridicule, vous avez raison. Mais vous auriez tort de croire que des organisations disposant de solides compétences en sécurité n’ont jamais fait exactement cela.
Exemple concret : il a récemment été révélé qu’un certain intégrateur de systèmes avait laissé toutes sortes de données sensibles librement accessibles sur Amazon S3. Vous savez, des éléments tels que des identifiants, des clés privées et tout le reste. L’« erreur » a été rapidement corrigée, nous dit-on, mais il n’en demeure pas moins que, pour qu’un espace S3 se retrouve accessible à tous, il faut une intervention de la part d’un opérateur.
Vous devez délibérément déverrouiller la porte. Par défaut, Amazon S3 est configuré avec des contrôles de sécurité stricts en matière d’accès. Extrait de la documentation d’Amazon :
Par défaut, toutes les ressources Amazon S3 sont privées, ce qui signifie que seul le propriétaire de la ressource peut y accéder.
-- Configuration des autorisations d’accès aux compartiments et aux objets
Ainsi, pour le placer dans un état où toute personne disposant de la bonne adresse IP peut parcourir le contenu d’un bucket, une intervention humaine délibérée est nécessaire.
Le SI en question n’est pas le premier à pâtir de sa propre mauvaise sécurisation d’Amazon S3. En février 2017, le chercheur Troy Hunt a décrit une fascinante série de défaillances en matière de sécurité du cloud liées à un jouet IoT, Cloud Pets. Parmi celles-ci figurait « un compartiment Amazon S3 ne nécessitant aucune autorisation particulière ». En juillet, nous avons appris que l’un des trois grands fournisseurs de services avait exposé des données d’abonnés en raison d’une mauvaise configuration d’Amazon S3.
Pour illustrer à quel point ce problème est répandu, Rhino Security Labs a livré un aperçu fascinant de ses tests d’Amazon S3 sur les 10 000 sites les mieux classés par Alexa : « 107 buckets (1,07 %) associés à 68 domaines distincts disposaient d’autorisations permettant d’en répertorier le contenu. Parmi ces 107 buckets, 61 (57 %) autorisaient le téléchargement à toute personne qui les consultait. 13 (12 %) autorisaient l’envoi de fichiers, et 8 % cumulaient les trois types d’autorisations. »
Le téléchargement en libre accès est déjà suffisamment problématique, puisqu’il expose les données au vol. Mais autoriser aussi l’envoi de fichiers en libre accès ? C’est comme encourager les employés à cliquer sur des e-mails d’hameçonnage.
Le cloud ne peut pas vous protéger contre vous-même. Qu’il s’agisse d’un manque de dispositifs de sécurité, de contrôles ou de supervision, vous ne pouvez pas simplement ouvrir les autorisations d’accès au stockage cloud en espérant que personne ne le découvrira. C’est comme installer un système de vidéosurveillance tout en laissant l’accès Telnet ouvert sur l’extérieur.
Oups, hein ?
Voilà le problème. La sécurité des applications et des données dépend entièrement des politiques et des procédures que vous mettez en place pour les protéger. Il existe des raisons légitimes d’autoriser un accès « ouvert » à un service de stockage cloud comme S3. Mais, tout comme pour les ports du pare-feu de votre entreprise, vous ne devriez pas les laisser grands ouverts sans une excellente raison.
Si vous n’avez pas mis en place une politique imposant un examen de la « sécurité du cloud » avant d’activer cette application ou de partager cette URL, vous devez le faire. Dès maintenant. Arrêtez de lire et mettez-vous au travail.
Ne soyez pas votre propre pire ennemi. Vérifiez vos politiques et vos procédures, et assurez-vous qu’elles adaptent le niveau de sécurité à l’importance et à l’usage prévu des données que vous stockez dans le cloud.
Vous seul pouvez empêcher que de mauvaises configurations de S3 ne fassent la une.
Si vous avez besoin d’aide pour sécuriser vos compartiments Amazon S3, Amazon met à votre disposition non seulement de la documentation mais aussi des outils pour vous aider.
À propos de l’auteur

Lori MacVittie est ingénieure émérite et évangéliste en chef au sein du bureau du directeur technique de F5. Elle possède une expertise approfondie dans la fourniture d’applications, les stratégies d’automatisation et les infrastructures. Elle est réputée pour sa capacité à rendre la complexité intelligible, qu’elle définisse des garde-fous pour les agents d’IA, analyse des architectures multicloud fragiles ou explore les limites des systèmes évolutifs. Elle cumule plus de trente ans d’expérience dans le secteur, couvrant le développement d’applications, l’architecture informatique ainsi que l’exploitation des réseaux et des systèmes. Avant de rejoindre F5, elle a été rédactrice spécialisée dans les technologies et a reçu plusieurs distinctions. MacVittie est titulaire d’un master en informatique et est une autrice prolifique dont les publications couvrent la sécurité, le cloud et l’architecture d’entreprise. Elle est également une passionnée de jeux de société et de jeux vidéo, et assume pleinement ses avis bien tranchés sur le fromage.
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