Pour ce deuxième coup de projecteur sur nos partenaires du programme de subventions F5 pour l’enseignement des STEM 2024, j’ai eu l’honneur de m’entretenir avec la remarquable Vilma Saloj, directrice exécutive des partenariats stratégiques chez MAIA, afin d’en savoir plus sur son travail éducatif novateur et sur la manière dont une subvention F5 pour l’enseignement des STEM renforce la capacité de MAIA à offrir des opportunités dans les STEM aux femmes et aux filles de couleur.
MAIA est une organisation véritablement inspirante, dirigée par des femmes autochtones au service des jeunes filles autochtones du Guatemala. Son objectif fondamental est de maximiser et d’amplifier le pouvoir transformateur des femmes afin de créer une société fondée sur l’équité et l’égalité des chances.
Q : Pourriez-vous nous parler un peu de vous ?
Saloj : Je suis une femme maya kaqchikel et je fais partie d’une fratrie de six enfants originaire d’un village rural de Sololá, au Guatemala. Je parle trois langues : l’espagnol, l’anglais et le kaqchikel, ma langue maternelle.
Au lycée, je rêvais de faire des études de médecine, mais ma famille n’avait pas les moyens de financer ce projet. C’est toutefois à cette époque que j’ai découvert le pouvoir de l’éducation formelle et l’influence que pouvaient avoir les enseignants. C’est pourquoi, au moment d’entrer à l’université, j’ai choisi de préparer une licence en enseignement secondaire.
Q : En quoi votre parcours a-t-il influencé vos priorités dans la vie ?
Saloj : Je représente la troisième génération de ma famille à avoir accès à l’éducation. Ma grand-mère n’a jamais eu la possibilité d’aller à l’école, et ma mère n’a poursuivi sa scolarité que jusqu’en classe de quatrième. Mon parcours reflète la réalité de nombreuses jeunes femmes de ma communauté.
Je me souviens encore de la dissertation de fin d’études que j’ai rédigée lorsque je suis devenue la première de ma famille à terminer mes études secondaires. Elle contient ce qui reste pour moi le message le plus important : « Aider la prochaine génération à changer son histoire et à briser le cycle de la pauvreté et de la discrimination. »
En tant que femmes autochtones au Guatemala, nous sommes confrontées dès notre naissance à ce que j’appelle une quadruple discrimination : parce que nous vivons en milieu rural, parce que nous vivons dans la pauvreté, parce que nous sommes des femmes et parce que nous sommes autochtones.

Organisation à but non lucratif au Guatemala, MAIA utilise une subvention F5 pour l’enseignement des STEM afin de repenser son programme de sciences sur cinq ans et de le rendre plus attrayant, innovant, pertinent et axé sur des projets.
À cela s’ajoute le fait que, historiquement, de nombreuses femmes au Guatemala ont été réduites au silence. Les séquelles de 36 années de guerre civile les ont tenues à l’écart des instances décisionnelles et exclues des débats qui façonnent l’avenir du pays.
Si de nombreux jeunes terminent l’école primaire, le collège et le lycée restent hors de portée pour la plupart d’entre eux, car l’enseignement à ces niveaux est en grande partie privé.
Pour les filles, la situation est encore plus difficile. Par exemple, 57 % d’entre elles sont contraintes de se marier ou de devenir mères avant l’âge de 18 ans. D’autres sont poussées vers le travail informel, car l’éducation n’est tout simplement pas considérée comme une possibilité.
Q : Quand avez-vous rejoint MAIA et comment votre carrière a-t-elle évolué depuis ?
Saloj : Je fais partie de MAIA depuis 2010, année où j’ai commencé à travailler comme mentore. En 2017, je suis devenue directrice de la MAIA Impact School. Cette année, j’ai pris mes fonctions de directrice exécutive des partenariats stratégiques.
En 2020, dans le cadre de mon parcours professionnel, j’ai bénéficié du fonds One Young World COVID-19 Young Leaders Fund et suivi le programme Emergent Leadership Program de l’INCAE Business School.
En 2024, j’ai suivi le prestigieux programme de bourses Humphrey consacré aux droits des peuples autochtones. J’ai également représenté MAIA auprès des Nations unies, de la Girls Opportunity Alliance de la Fondation Obama et du prix Zayed pour le développement durable à Abou Dabi.
Q : Décrivez la création de MAIA et son évolution au fil du temps.
Saloj : MAIA, anciennement connue sous le nom de Starfish, a été fondée en 2007 et a mis en place un programme de mentorat et de bourses destiné aux jeunes filles autochtones confrontées dès la naissance à la quadruple discrimination que j’ai décrite. À l’origine, la bourse leur apportait un soutien financier afin qu’elles puissent poursuivre leur scolarité dans le système éducatif public.
En 2017, afin de ne plus dépendre d’un système scolaire public qui n’était pas à la hauteur, nous avons ouvert la MAIA Impact School. Notre objectif était de repenser l’éducation dans les zones rurales du Guatemala et de veiller à ce que les filles disposent de tout ce dont elles ont besoin pour réussir.
Q : Pouvez-vous nous en dire plus sur les activités de la MAIA Impact School ?
Saloj : Notre programme principal est la MAIA Impact School, qui offre aux filles de la 5e à la 1re une éducation globale accordant une importance égale à l’excellence scolaire, à la culture et au développement personnel.
Chaque aspect de l’école a été conçu pour cultiver les talents des élèves et les mettre en lien avec les possibilités offertes au XXIe siècle.
Nous accompagnons directement 300 « Girl Pioneers », comme nous appelons nos élèves, ainsi que leurs familles, soit environ 2 000 personnes issues de plus de 45 villages ruraux de Sololá, au Guatemala.
Notre action repose sur trois concepts fondamentaux. Premièrement, nous donnons aux filles instruites les moyens de transformer leurs communautés et de briser les cycles de la pauvreté. Deuxièmement, nous mettons en œuvre des méthodologies de pointe dans un environnement fondé sur l’empathie. Enfin, nous favorisons un changement systémique grâce à des partenariats et à une collaboration proactifs.
Q : Quelle est l’importance de l’enseignement des STEM ?
Saloj : La misogynie reste un problème profondément enraciné dans les communautés rurales et autochtones du Guatemala. Aujourd’hui encore, on dit aux filles que leur seule voie est de devenir mères et épouses. L’éducation ne leur est pas proposée comme une porte ouverte sur de nouvelles possibilités : c’est un rêve qui leur est refusé.
Les jeunes femmes sont particulièrement vulnérables. Seules 9 % des diplômées du secondaire acquièrent des compétences professionnelles et bénéficient d’une formation aux technologies. Ainsi, moins de 10 % des femmes autochtones occupent un emploi déclaré, et 80 % vivent dans la pauvreté.
Pour la plupart des Pionnières, la première fois qu’elles utilisent un ordinateur, c’est lorsqu’elles intègrent le programme de mise à niveau scolaire de MAIA, « Projet Impulso ».
À la fin de mes études secondaires, je n’avais aucune compétence en informatique. Je ne connaissais ni les e-mails ni les ordinateurs, et je ne savais même pas qu’il était possible de faire carrière dans les STEM.
C’est pourquoi notre programme STEM nous tient tant à cœur. Il s’appuie sur les contributions de nos élèves et de leurs familles, ainsi que sur notre propre expérience en tant que femmes autochtones. Nous savons que l’enseignement des STEM est essentiel pour permettre aux filles d’acquérir les connaissances, les compétences et la confiance nécessaires pour mener une vie riche en possibilités.
Q : Comment la subvention STEM de F5 aide-t-elle MAIA aujourd’hui ?
Saloj : Nous consacrons des efforts considérables à la refonte de notre programme de sciences sur cinq ans afin de le rendre plus stimulant, innovant, pertinent et axé sur des projets. Le financement soutiendra également le développement professionnel des enseignants en STEM et permettra de fournir aux classes les outils et le matériel nécessaires à la mise en œuvre de notre vision.
Q : Comment MAIA définit-elle la réussite ?
Saloj : Chez MAIA, nous montrons ce qu’il est possible d’accomplir lorsque nous investissons dans une éducation de qualité, un soutien socio-émotionnel et l’autonomisation des femmes.
Mais ce ne sont pas que des mots. Les statistiques confirment nos propos. Notre taux de maintien dans le système scolaire s’élève à 97 %, contre seulement 20 % pour les jeunes filles autochtones scolarisées dans les lycées publics du Guatemala. Pas moins de 61 % de nos diplômées accèdent à un emploi dans le secteur formel, contre moins de 10 % en dehors de notre système. Fait notable, 73 % de nos diplômées poursuivent également des études universitaires. Chez les femmes autochtones du Guatemala, ce chiffre tombe à seulement 2 %. Enfin, nos élèves achèvent leur scolarité après 11 années d’études, tandis que leurs mères n’en ont généralement suivi que trois.
L’une de nos missions les plus importantes consiste à aider nos élèves à gagner en autonomie et à réussir sans oublier ni renier leurs racines. Nous les aidons à faire entendre leur voix et veillons à ce qu’elles disposent d’un projet de vie leur permettant de réaliser leurs rêves. Je crois profondément en cette philosophie : « Si elle peut le voir, elle peut le devenir. »
Q : Pouvez-vous nous raconter une réussite de MAIA ?
Saloj : Il y en a tellement ! Je pense notamment à Sara, qui est actuellement la seule jeune femme de sa famille à suivre des études universitaires et à occuper un emploi déclaré.
Dans sa communauté, où la migration est très courante, Sara a d’abord eu du mal à comprendre l’importance de poursuivre des études sur le long terme. À plusieurs reprises, elle a envisagé d’abandonner ses études pour gagner de l’argent et s’offrir de « belles choses », comme des vêtements et du maquillage, voire d’émigrer clandestinement aux États-Unis.
Cependant, nos mentors ont fait preuve de persévérance et de constance dans leur soutien à Sara et à sa famille. Heureusement, elle a obtenu son diplôme de fin d’études secondaires et, grâce au programme Launch de MAIA, a décroché un stage chez Mercado Global, une organisation qui exporte des textiles et promeut le commerce équitable au bénéfice des femmes de Sololá. Ses excellents résultats lui ont rapidement valu une embauche définitive.
Sara m’a récemment confié que, grâce au soutien constant et à la persévérance de ses mentors, sa vision de l’éducation avait complètement changé. Elle poursuit actuellement des études universitaires, toujours avec le soutien de MAIA, et a récemment été promue au poste de superviseuse de projet chez Mercado Global.
Comme Sara, de nombreuses Pionnières sont confrontées aux mêmes difficultés. Mais nous savons que nous avons le pouvoir de transformer leur avenir et de créer un monde meilleur pour toutes et tous.
Q : Quels sont vos projets d’avenir pour MAIA ?
Saloj : Grâce aux contributions des Filles Pionnières, de leurs familles et de notre équipe, nous avons élaboré le Plan stratégique 2025-2029 de MAIA, une vision ambitieuse visant à impulser un changement transformateur et systémique. Nous nous engageons notamment à optimiser en permanence notre modèle d’autonomisation des Filles Pionnières grâce à des innovations adaptées au contexte, et à accroître les investissements dans la culture organisationnelle, les structures, les systèmes et les ressources nécessaires pour pérenniser notre mission principale.
Cela implique également de formaliser et de développer notre modèle afin de renforcer et d’élargir le leadership local, ainsi que de partager nos approches, nos outils et les enseignements tirés avec d’autres organisations, partenaires et réseaux afin d’accroître notre impact.
Pour en savoir plus sur notre programme de subventions pour l’enseignement des STEM, consultez la page Web F5 Global Good. Vous pouvez également consulter mon précédent entretien avec Phoenix Space, partenaire du programme de subventions pour l’enseignement des STEM en 2024.
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