C’est à nouveau cette période de l’année où tout le monde fait des prédictions sur ce qui se passera (ou non) en 2026.
Je ne fais pas de prédictions. En revanche, je me livre à des pronostics. Et si votre superpouvoir est aussi le goût de la précision, vous savez déjà que cela signifie que je tire des conclusions à partir de données et de courbes de tendance, et non du marc de café. Faire des pronostics, ce n’est pas prophétiser : c’est reconnaître des tendances, preuves à l’appui. Je ne devine pas ce qui va arriver ; j’extrapole à partir de ce qui est déjà en mouvement et j’évalue la vitesse à laquelle la dynamique s’accélère.
Autrement dit : je ne prédis pas l’avenir. Je prête simplement attention aux aspects du présent que tout le monde ignore.
Dans cette optique, je suis ravi de vous présenter ce qui constitue, selon moi, les cinq grandes tendances technologiques à suivre en 2026. Vous êtes prêts ? De toute façon, on se lance. C’est parti.
1. Inférence
devient le principal poste de coûts, devant l’entraînement
Nous assisterons à un changement majeur : les entreprises dépenseront davantage pour l’infrastructure d’inférence (mise à disposition, mise à l’échelle, latence) que pour l’entraînement. L’entraînement est ponctuel, tandis que l’inférence fonctionne 24 h/24 et 7 j/7. J’ai déjà signalé cette tendance, et le marché en observe lui aussi les signes. Notre étude a révélé que 80 % des organisations exploitaient déjà leurs propres services d’inférence. Cela les place clairement parmi les « charges de travail de premier plan » et montre qu’un transfert important des coûts est déjà en cours.
- Dell indique publiquement que son activité liée à l’IA et aux serveurs connaît une croissance fulgurante. Par exemple, l’entreprise affirme que ses ventes de serveurs d’IA ont été multipliées par environ six entre les exercices 2024 et 2025, et prévoit d’atteindre 20 milliards de dollars de chiffre d’affaires dans ce domaine au cours de l’exercice 2026.
- IDC prévoit que les dépenses consacrées aux serveurs accélérés (c’est-à-dire les serveurs optimisés pour l’IA et l’inférence) représenteront plus de 75 % des dépenses d’infrastructure d’IA dédiée aux serveurs d’ici 2028, avec un TCAC sur cinq ans d’environ 42 %.
Pourquoi est-ce important ?
- Compromis de conception : vous devez tenir compte de la latence, du débit, de la capacité, de la mise à l’échelle en cas de pics de charge, du refroidissement, de la consommation électrique et de la proximité géographique.
- Les organisations qui ont conçu leur infrastructure pour l’entraînement devront la repenser dans l’urgence afin d’optimiser les performances d’inférence.
2. L’inférence
en tant que service devient incontournable
Les services d’« hébergement de modèles » évoluent vers des offres complètes d’inférence en tant que service, à l’image de ce qui s’est produit avec le « calcul en tant que service » pour les infrastructures. Plusieurs sources du secteur citent des prévisions selon lesquelles environ 78 % des organisations dépendront de l’inférence en tant que service à l’approche de 2026.
Pourquoi est-ce important ?
- Les petites équipes et entreprises peuvent rester compétitives sans posséder l’intégralité de leur infrastructure d’inférence.
- Vous verrez apparaître des places de marché proposant des points de terminaison d’inférence à faible latence, la gestion des versions des modèles et des garanties de niveau de service (SLA).
- Les obstacles au déploiement de l’IA en temps réel diminuent.
3. L’inférence
s’étend à de nouveaux domaines grâce à l’IA agentique
Avec l’essor de l’IA agentique, l’inférence ne sera plus uniquement sollicitée pour des prédictions ou des classifications statiques. Elle sera utilisée en continu dans des boucles d’interaction : gestion des états, appel d’outils, planification, dialogue, etc. Gartner prévoit que 40 % des applications d’entreprise intégreront des agents spécialisés dans des tâches spécifiques d’ici 2026. Notre étude révèle que les entreprises vont bien au-delà de simples expérimentations avec les agents et l’IA agentique : 5 % les utilisent déjà en production et beaucoup d’autres en sont au stade « nous les préparons ».
Pourquoi est-ce important ?
- L’inférence devient compositionnelle : de nombreux appels à des micro-modèles pour chaque « tâche ».
- Les contraintes de latence se resserrent. Vous aurez besoin d’un routage intelligent, de mise en cache, de couches de garde-fous et d’une évaluation partielle.
- La frontière entre l’inférence en périphérie et dans le cloud s’estompe.
4. L’inférence
en périphérie se généralise
Comme il n’est pas toujours possible de tolérer la latence des allers-retours ni la dépendance au cloud, l’inférence s’effectuera de plus en plus en périphérie ou selon des modes hybrides (périphérie + cloud). Les charges de travail en temps réel dans les domaines de la RA/RV, des systèmes autonomes, de l’IoT et de l’industrie l’exigeront. Cette évolution transparaît dans la tendance à considérer « l’inférence comme une infrastructure », ainsi que dans l’essor fulgurant des « PC IA » et la distribution de l’IA sur des terminaux tels que les smartphones.
Pourquoi est-ce important ?
- Vous verrez une spécialisation du matériel : de minuscules accélérateurs, des TPU/ASIC en périphérie, la quantification et l’élagage des modèles, ainsi que l’adaptation à l’exécution.
- Les modèles continueront de fonctionner en mode dégradé lors des arbitrages entre le cloud et la périphérie, grâce à des solutions de repli et à des îlots « exclusivement locaux ».
5. Inférence
les contrôles de gouvernance et d’explicabilité deviennent obligatoires
À mesure que l’inférence se généralise, les décisions hors limites ou injustes nuiront aux marques et à leur conformité. Il faut s’attendre à ce que la réglementation et les politiques d’entreprise exigent des décisions d’inférence traçables, une explicabilité causale, la détection des dérives et des journaux d’audit pour chaque inférence. Par exemple, l’analyse des tendances de Deloitte met en avant la sécurité, la souveraineté et le contrôle comme des thèmes essentiels pour 2026. Nos propres recherches ont révélé que les organisations protègent tout, y compris les journaux de prompts. Quatre-vingt-sept pour cent des grandes organisations utilisent déjà le contrôle d’accès basé sur les rôles (RBAC) pour régir l’accès aux prompts et à leurs journaux.
Pourquoi est-ce important ?
- Votre infrastructure d’inférence devra intégrer des couches de journalisation, de traçabilité, de gestion des versions et de garde-fous.
- Les sondes sémantiques et les contrôles de cohérence à l’exécution (auxquels vous réfléchissez déjà) seront indispensables.
- Les fournisseurs se feront concurrence non seulement sur la rapidité et le coût, mais aussi sur la confiance et l’explicabilité.
L’inférence n’est pas simplement la prochaine charge de travail. C’est le nouvel environnement d’exécution, celui qui met à l’épreuve — et souvent à mal — toutes les hypothèses architecturales simplistes dont nous avons hérité depuis l’essor du cloud.
La sécurité, la souveraineté et le contrôle ne sont pas de simples mots à la mode : ils constituent les fondements de la confiance dans une entreprise propulsée par l’IA. D’ici 2026, ceux qui considéreront l’inférence comme une infrastructure, et non comme une source d’inspiration, seront les seuls encore debout une fois l’engouement retombé.
Alors oui, un seul mot suffit pour résumer 2026 : l’inférence.
À propos de l’auteur

Lori MacVittie est ingénieure émérite et évangéliste en chef au sein du bureau du directeur technique de F5. Elle possède une expertise approfondie dans la fourniture d’applications, les stratégies d’automatisation et les infrastructures. Elle est réputée pour sa capacité à rendre la complexité intelligible, qu’elle définisse des garde-fous pour les agents d’IA, analyse des architectures multicloud fragiles ou explore les limites des systèmes évolutifs. Elle cumule plus de trente ans d’expérience dans le secteur, couvrant le développement d’applications, l’architecture informatique ainsi que l’exploitation des réseaux et des systèmes. Avant de rejoindre F5, elle a été rédactrice spécialisée dans les technologies et a reçu plusieurs distinctions. MacVittie est titulaire d’un master en informatique et est une autrice prolifique dont les publications couvrent la sécurité, le cloud et l’architecture d’entreprise. Elle est également une passionnée de jeux de société et de jeux vidéo, et assume pleinement ses avis bien tranchés sur le fromage.
Autres articles de Lori Mac VittieArticles de blog associés

Les paquets empoisonnés sont en train de tuer notre industrie
L’open source ne dispose pas d’un registre central recensant les paquets malveillants, alors même que l’IA et l’automatisation accélèrent les attaques contre la chaîne d’approvisionnement. L’écosystème a besoin d’un moyen fiable de signaler et de suivre les compromissions.

Top 10 des risques liés à la mise en production d’applications d’IA : manque de sécurité et de conformité réglementaire
L’IA étend la conformité au-delà de la sécurisation des chemins d’accès et des espaces de stockage pour englober la gouvernance du comportement à l’exécution — accès aux modèles, contexte de récupération, résultats et actions des agents —, de sorte que les contrôles doivent être rapprochés de l’inférence.

Top 10 de la livraison d’applications d’IA : politiques de livraison incompatibles
Les divergences de politiques deviennent des sources de pannes pour l’IA : des mécanismes de basculement, des délais d’expiration, des limites et des contrôles de sécurité incohérents entraînent des défaillances silencieuses, des résultats partiels et des résultats différents selon le point de terminaison.

Top 10 de la mise à disposition d’applications d’IA : orientation du trafic non optimisée
L’IA remet en cause les principes traditionnels de répartition du trafic : les backends ne sont pas interchangeables, les coûts varient et les agents multiplient les requêtes de manière imprévisible. Le routage doit donc tenir compte du modèle, de l’état des GPU et de la localisation des données.

Top 10 de la livraison d’applications d’IA : contrôles du trafic insuffisants
Les limites de débit et les mécanismes de régulation traditionnels ne tiennent pas compte de l’étendue réelle des répercussions. Les charges de travail d’IA se répartissent entre les modèles, les bases de données vectorielles et les services, provoquant des pics de latence, des défaillances en cascade et des nouvelles tentatives.

La gestion des fenêtres de contexte en IA n’a rien de magique. C’est une question d’architecture.
Découvrez pourquoi les créateurs d’applications d’IA doivent gérer le contexte, la mémoire et l’infrastructure, tout en faisant évoluer les processus de livraison et la sécurité afin d’éviter la dérive, la latence et les attaques par injection de prompts.